Conseil départemental de la Vendée

Alain Gautier : « J’ai coché toutes les cases jusqu’à l’arrivée »

Publié le 20/11/2020 à 13:28

Après Titouan Lamazou en 1990, Alain Gautier nous parle des ingrédients qui lui ont permis de remporter la deuxième édition du Vendée Globe. 

Vous avez remporté l’édition 1992-1993 du Vendée Globe. Racontez-nous votre arrivée…
Lors du Vendée Globe challenge (nom de la première édition), j’étais déjà surpris de trouver un chenal bondé alors que je n’étais que sixième. J’avais l’impression que le monde entier était là. Il faisait très froid et très beau ce jour-là. Lors de ma deuxième participation, j’imaginais donc que ce serait aussi fou surtout en plein après-midi par beau temps, surtout que là, j’arrivais premier. 

Qu’est-ce que vous aviez de plus qu’en 1989 ?
Ma première participation restera quelque chose d’incroyable, encore plus que la deuxième. En 92 je l’ai vécu très différemment avec plus de moyens et j’étais aussi un autre homme car devenu père entre temps. Je faisais partie des favoris avec Poupon, Peyron et Van Den Heede. J’avais l’expérience de deux tours du monde en solitaire dont une deuxième place au Boc challenge, un tour du monde avec escales. C’était donc une prévision logique mais voyez ce qu’il s’est passé pour Charal cette année. Ce n’est pas parce que vous êtes dans les favoris que vous gagnez… Je suis un sportif, un compétiteur, j’étais aussi un aventurier. Mais le deuxième Vendée Globe je partais plus pour la gagne que pour vivre une aventure.
Et puis comme toutes les victoires il faut un certain nombre d’ingrédients dont un peu de chance. J’ai eu de la chance d’avoir des favoris qui ont rebroussé chemin dès le lendemain du départ. Poupon, Van Den Heede et Peyron ont fait demi-tour. Les deux premiers sont repartis et ont terminé deuxième et troisième.  

Et matériellement ?
J’étais mon propre team manager à l’époque. Nous n’étions que trois dans l’équipe. Les bateaux étaient beaucoup plus simples qu’aujourd’hui. Notre petite équipe fonctionnait bien. Nous avons choisi le bon chantier, le bon fabricant de voile, la bonne équipe… Quand vous franchissez la ligne, vous savez que vous avez fait les bons choix quasiment partout. La navigation ne concerne que 50% du résultat. L’autre moitié c’est la préparation en amont. De la feuille blanche à l’arrivée, j’ai coché toutes les cases. 

Qu’a changé cette victoire ?
Une victoire dans un Vendée Globe change vos perspectives et votre notoriété, c’est évident. Le regard des gens a changé mais pas le mien. Malgré une forte médiatisation déjà à l’époque, mon naturel plutôt discret et mon physique passe-partout m’ont permis de garder un quotidien simple. 

Votre meilleur souvenir de l’édition 1992-1993 ?
Ça a beau être loin, il y a des souvenirs qu’on ne peut pas zapper de sa mémoire notamment quand vous franchissez la ligne d’arrivée. Vous clôturez une histoire commencée peu de temps avant le départ avec le coup de fil d’un sponsor qui vous donne carte blanche.  

Le plus mauvais ?
Ça a été une année dramatique hélasse. En 92 nous avons appris la disparition de Mike Plant lors de son convoyage et deux jours après le départ nous apprenions la disparition du gentleman skipper Nigel Burgess. Ce sont des moments extrêmement difficiles surtout quand on part seul. Je connaissais bien Mike Plant qui avait participé à la première édition et au Boc challenge. C’était une immense tristesse. 

Pourquoi n’êtes-vous pas reparti pour une troisième édition après votre victoire ?
J’ai fait trois tours du monde en trois ans ce qui est pas mal. Je suis passionné de vitesse donc je me suis tourné vers les multicoques, notamment le trimaran. J’ai abordé le Vendée Globe d’une autre manière.  

Justement, en trente ans vous avez eu plusieurs casquettes sur le Vendée Globe…
Oui j’ai été skipper par deux fois, consultant auprès d’Ellen MacArthur, chroniqueur pour le journal L’Équipe, responsable sécurité pendant quatre éditions et aujourd’hui team manager d’Isabelle Joschke. Cette course tient une place particulière dans mon esprit et dans mon cœur. Elle a marqué ma vie. 

Apprécieriez-vous autant de participer au Vendée Globe en 2020 qu’en 1989 ?
Le monde a changé, le Vendée Globe a changé et moi aussi. C’était incroyable pour le jeune homme de 27 ans que j’étais de participer à un truc que personne ne connaissait. Personne n’avait vécu de pareilles conditions à part les pionniers du Golden globe challenge de 1968. C’était un truc de ouf à l’époque pour moi. Enchainer avec un tour du monde avec escales puis un deuxième Vendée Globe et le gagner, ça a été quatre ans de vie incroyables. 

   

Suite de notre série vendredi 27 novembre avec Christophe Auguin, vainqueur de l’édition 1996-1997 du Vendée Globe. 

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