Conseil départemental de la Vendée

Le dariolage, un savoir-faire unique à protéger

Publié le 05/10/2012 à 15:01
Modifié le 15/10/2012 à 16:20
Le Département souhaite que cette particularité vendéenne soit reconnu comme « patrimoine culturel immatériel de l’humanité » par l’UNESCO.

« Le dariolage est un savoir-faire unique »

Jean-Pierre Bertrand, Chercheur en ethnologie musicale: «Le dariolage est un savoir-faire unique»

    

Jean-Pierre Bertrand, chercheur en ethnologie musicale, fondateur d'Arexcpo et président d'Ethno-Doc, a mis plus de vingt ans à trouver la trace des derniers darioleurs. Ce savoir-faire ancestral qui risque de disparaître avec ces anciens paysans doit être sauvé.   

Comment en êtes vous venus à vous mettre en quête des derniers darioleurs ?
C'est un témoin que je rencontrais à un autre sujet dans les années soixante-dix qui m'a raconté : « Mais tu sais, autrefois, on entendait les gars chanter dans les champs en conduisant leurs bœufs. C'était toute la journée.   

C'était bien particulier et c'était beau… » Depuis lors, je n'ai cessé de chercher à rencontrer des témoins du dariolage. Je demandais à tous les anciens que je rencontrais. Un jour, en 1999 à Saint-Hilaire-de-Voust, je pose la question et on me dit : « Ben lui, il dariolait… » en me désignant une personne qui était là. De fil en aiguille, j'ai rencontré une dizaine de darioleurs.   

Qu'est-ce qui a fait disparaître cette pratique ?
C'est tout simple : darioler consistait à encourager les bœufs dans les travaux des champs, en particulier les labours. On ne dariolait que pour conduire plusieurs bœufs, jamais quand on conduisait une charretée de choux. On ne dariolait pas non plus avec les chevaux. Dès lors que le tracteur a supplanté la traction animale, le dariolage s'est éteint.   

Qui étaient ces darioleurs ?
C'étaient les bouviers. On les appelait aussi les grands valets. Un bon bouvier avait une grande valeur, parce qu'il savait tirer un meilleur rendement des attelages. Certains propriétaires n'hésitaient pas à débaucher un bouvier renommé chez un autre propriétaire. Or, en Vendée, un bon bouvier était aussi un bon chanteur, un bon darioleur.   

En quoi ces encouragements à des animaux au travail constituent-ils un patrimoine ?
C'est en entendant darioler qu'on le comprend le mieux. C'est une manière de chanter, avec une voix de gorge puissante — qui utilise le buste et le nez — et des ornementations. Le darioleur appelle ses animaux par leur nom, il prononce des encouragements, mais aussi des mots sans sens particulier, puis il entonne un air improvisé.    

Chaque darioleur chantait à sa façon, apprise sur l'ouvrage, mais tous employaient toujours la même technique vocale. Ce style musical relève d'une technique utilisée au moyen âge, le cantoral. Elle n'est guère employée aujourd'hui. C'est pourtant la manière la plus appropriée d'interpréter le chant traditionnel et le chant médiéval. Il y a beaucoup à apprendre du dariolage. Il importe de le préserver et, surtout de le transmettre.  

Le dariolage existe-t-il ailleurs qu'en Vendée ?
À ma connaissance, le dariolage ne subsiste plus que dans une partie du bocage vendéen, des Deux-Sèvres et de Gâtine. Tous les darioleurs que j'ai retrouvés sont Vendéens. Toutefois, des pratiques y ressemblant ont existé, notamment dans le Berry. Le yodlage, qui accompagnait l'estive des vaches dans les alpages suisses, y ressemble également.