Conseil départemental de la Vendée

Jérémie Beyou : "Si on peut réparer dans les temps, je repars"

Publié le 14/11/2020 à 16:28
Modifié le 14/11/2020 à 16:47

Deux jours après avoir pris la décision de faire marche arrière vers les Sables d’Olonne suite à un enchainement d’avaries, Jérémie Beyou a amarré son Imoca Charal à 14h. L’émotion du marin était grande et espère toutefois pouvoir reprendre la course du Vendée Globe. 

Jérémie, comment-te sens tu depuis cette décision de faire demi-tour ? 

« Ce n’est pas plus facile qu’il y a deux jours. Maintenant il faut essayer d’avancer mais ce qui est dur c’est de prendre la décision de faire demi-tour. Tu es forcé de renoncer ce sur quoi tu t’es concentré pendant 4 ans. Forcément sur le coup c’est super dur. Mais là voir tout le monde à l’arrivée ça remet une grosse dose d’émotion car tu aimerais être partout sauf là. Tu es heureux de voir des gens mais c'est un peu triste quand même. Tous me disent "On repart et ça repart". Ça donne de l’énergie mais ce n’est pas évident à gérer. » 

On sent toute ton émotion dans tes yeux...  

« Je crois que n’importe qui ne serait pas insensible à ce qu’il se passe. Encore une fois, la course s’arrête. Certains vont dire ce n’est que du sport mais moi j’ai tout mis là-dedans depuis 4 ans ou plus. Le coup d’arrêt est très brutal ! Le début de course n’a été simple pour personne. Les gars et filles en mer sont méritants, il ne faut pas s’attarder sur mon cas. Le principal c’est ceux qui sont encore en course. J’aurais aimé être avec eux. Alex (Thomson) m’a envoyé un message super sympa ce matin. J’aurais aimé avoir ma petite bagarre contre lui mais voilà, tout ça c’est du passé. Armel, Fabrice m’ont envoyé des messages aussi, et tous les gens de la terre : les salariés de Charal, mon équipe, le public ! C’est incroyable ! » 

Quel est le timing pour toi maintenant ?  

« On se donne 24 h pour checker le bateau : les avaries principales, les avaries de safran notamment et de barre d’écoute. Dans le choc il y a eu plein de petits dommages collatéraux donc il faut vérifier le bateau en entier. Dans 24 h on aura un état des lieux de tout ce qui est cassé, ce qui est réparable et j’espère qu’on aura une date dans le laps de temps imparti pour repartir. L’essentiel c’est de checker le bateau et si on est capable de réparer effectivement on reprendra le départ. » 

Donc tu souhaites repartir ?  

« Je suis toujours dans cette problématique : je repartirai si le bateau est réparable ! C’est le problème de notre sport et du sport mécanique. Le marin seul avec ses dix doigts il ne fait pas grand-chose. Je suis convaincu, de ce que je vois, qu’on réussira à réparer. Maintenant, le diable se cache souvent dans les détails. Les experts sont là, les architectes sont là. On verra ce qu’il en ressort et dans 24 h on prendra la décision. » 

Peux-tu nous raconter tes deux jours de mer jusqu'à ton retour aux Sables aujourd'hui ?  

« Je suis passé par tous les états, j’ai démoli le garde-manger du bord, j’ai compulsé. Il n’y a plus de pétales de bœuf à bord. Il va falloir recharger avant de repartir. Sur le retour j’ai dû gérer le bateau, me concentrer à ne pas l’abimer davantage. Il ne fallait pas que le mât tombe non plus donc je me suis focalisé à ne pas avancer trop vite. J’ai communiqué aussi avec l’équipe sur la façon de réparer le bateau, donc tu penses un peu à autre chose. J’attendais avec impatience d’arriver à terre. » 

Tu t’es dit que tu étais maudit, que le Vendée Globe se refusait à toi ? 

« Oui, j’ai vécu des trucs tellement durs mais aussi tellement beaux que c’est le contraste qui fait que cette course est si particulière. Statistiquement je ne suis pas le mieux loti. C’est une course dure, quand tu viens, tu le sais. Il n’y a pas de surprise. Tu es là parce que tu as choisi d’y être, tu as envie d’y être et tu connais avant de partir les éventuels scénarios qui peuvent arriver et des dingues comme celui-là. Mais quand tu vis des revers comme ça ce n’est pas agréable du tout. Je n’ai jamais été aussi près et ça te tombe dessus, tu tapes un truc et c’est fini. Faut réussir à vivre avec sinon il ne faut pas faire ça. Cette fois je suis du côté obscur. C’est super beau ce que fait Jean Le Cam et c’est ce contraste avec moi qui fait la réalité de cette course à part. » 

Tu vas devoir te confiner un peu maintenant en attendant de repartir… 

« Je vais pouvoir aller prendre une petite douche, ça va faire du bien. Je pensais qu’en revenant en janvier, le monde aurait un peu changé. Une semaine après malheureusement ça n’a pas beaucoup changé. J’ai envie de repartir ! Dans ma tête j’essaie d’être dans cet esprit-là. Devant ils auront 3 000 milles d’avance donc il n’y a plus de course. On verra ! » 

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