Conseil départemental de la Vendée

Vendée Globe 2020 : le journal de bord

Publié le 17/11/2020 à 10:34
Modifié le 17/11/2020 à 11:23
Retrouvez le journal de bord de la neuvième édition du Vendée Globe. Jour après jour, suivez l'aventure des 33 marins, femmes et hommes, engagés dans l'Everest des mers.

Semaine 1 : Beyou fait demi-tour et Le Cam tient tête aux foilers

Dimanche 15 novembre – J 7 : Les skippers sont au large depuis une semaine. À la tête de la flotte, Alex Thomson (Hugo Boss) poursuit la descente de l’Atlantique. Charlie Dalin remonte. Il est 7e sur son bateau Apivia. « J’ai retrouvé du vent, les vitesses sont bonnes, ça glisse et c’est une zone de navigation agréable. J’ai un peu de retard à rattraper mais j’arrive, j’ai mis du charbon, attendez-moi les gars ! », prévient-il en s'adressant aux leaders. Franck Cammas qui s’apprête à se lancer dans le trophée Jules Verne (départ mercredi ?) témoigne : « Les foilers ont fait plus de chemin que les autres. Ils se retrouvent un peu tous ensemble. Ça va changer. Ils vont pouvoir exploiter leurs foils. Ils peuvent atteindre 25 nœuds. »
Clarisse Cremer (Banque populaire X) qui s’est ébouillantée la veille, a retrouvé le sourire. « Ça fait du bien d’avoir le cœur léger et de profiter de la vie. J’apprends et la première semaine a été énorme sur le plan de l’apprentissage de la marine et sur l’aspect psychologique. Il faut que je me concentre sur moi et plus trop sur les autres concurrents !». Kojiro Shiraishi (DMG Mori) a lui une vraie tuile. Le skipper japonais a déchiré sa grand voile. Sa situation s’annonce compliquée pour la suite de son aventure. Jérémie Beyou (Charal) revenu au point de départ pour réparer son Imoca, dira demain s’il peut repartir des Sables-d'Olonne. Il pourrait bénéficier d’une fenêtre météo favorable pour descendre l’Atlantique. 

Samedi 14 novembre - Jour 6 : Mano a mano en tête. Le doyen de la flotte Jean Le Cam (Yes we cam) est repassé devant Alex Thomson (Hugo Boss). Le Britannique a passé la dépression Theta, "un endroit où tu ne rêves pas d'être avec des creux de 6 mètres et des rafales jusqu'à 60 noeuds, je suis passé en mode survie." Les deux hommes de tête ont pris des risques. Les autres ont voulu ménager leurs machines. "Ma mission, c'était de ne pas trop pousser sur le bateau car la route est longue", glisse Samantha Davies (Initiatives Coeur) qui a éviter le front. À la vacation, Thomas Ruyant (Linked Out) est apparu très marqué, visage fatigué et barbe mais le moral est bon : "Je suis content de mon début de course même si on a été cueilli à froid par tous ces systèmes météo que l'on a enchaînés. On arrive dans les alizés et on va pouvoir accélérer !" Les foils devraient pouvoir tirer leur épingle du jeu dans cette descente de l'Atlantique. "Les skippers vont mettre plusieurs jours à récupérer, confie le marin Yann Eliès. Ils ont besoin de se reposer, de manger, de dormir, de se laver. Ils vont pouvoir profiter du soleil et des poissons volants !" 

Jérémie Beyou (Charal) arrive aux Sables d'Olonne. Pour réparer son Imoca et... repartir !? "J’ai envie d'y retourner ! Dans ma tête j’essaie d’être dans cet esprit-là. Devant ils auront 3 000 milles d’avance donc il n’y a plus de course. On verra, dévoile à son arrivée aux Sables Jérémie Beyou. Dans 24 h on aura un état des lieux de tout ce qui est cassé, ce qui est réparable et j’espère qu’on aura une date dans le laps de temps imparti pour repartir.

Vendredi 13 novembre - Jour 5 : Cela va bientôt faire une semaine que les 33 skippers du Vendée Globe sont en course et c'est une nouvelle épreuve qui les attend. Leader de la course depuis jeudi midi, Alex Thomson (Hugo Boss) conserve la tête vendredi matin de la flotte et se prépare, comme ses poursuivants, à affronter la tempête tropicale Thêta. « On va assez vite, on est entre 18 et 25 nœuds dans les pointes, on se prépare à avoir du vent plus fort donc il va falloir réduire la toile à un moment donné », assure Nicolas Troussel en vacation à 5 h. A bord, tout le monde se prépare à être secoué et chacun à ses petites techniques pour assurer son confort et sa sécurité. « J’ai mis plein de poufs partout dans le bateau pour ne pas me blesser si le bateau part sur l’avant », poursuit le marin de Corum l'Epargne. 

Toujours placé dans le peloton de tête avec son bateau à dérives, Benjamin Dutreux (OMIA - Water Family) s'attend « à une journée de costaud ». « On commence à sentir les bonnes bouffes de Thêta dans les voiles. Parfois, ça accélère fort. L’objectif est de ne pas prendre trop de risques. Dès que les claques seront trop fortes, j’empannerai pour gagner dans l’Ouest jusqu’à ce que ça mollisse un peu », explique le Vendéen. Plus que satisfait de son début de course, le bizuth s'est tiré la bourre avec le doyen Jean le Cam, deuxième de la flotte à 9h. « C'est assez incroyable. Avec Jean, on s’est régalés, presque en mode Figaro. On a dû jouer beaucoup sur les placements, je me suis éclaté. Au bout de 4 jours, je me disais quand même : on a fait une étape mais il faut encore en faire 22 comme ça ! » 

Jeudi 12 novembre - Jour 4 : Si les bateaux à dérives droites continuent de mener la course avec l'éternel Jean Le Cam à sa tête, un groupe de quatre, et non des moindres, s'est formé à l'ouest. Charlie Dalin (Apivia), Alex Thomson (Hugo Boss), Thomas Ruyant (LinkedOut) et Kevin Escoffier (PRB) filent à toute vitesse vers les Açores. « On est quatre au même endroit avec un peu plus de vent que prévu et ça avance vitetémoigne Charlie Dalin  en vacation tôt dans la matinéeLà, c’est pleine balle dans 25 nœuds de vent et on se rapproche des Açores ». Leader de ce groupe de tête, le skipper d'Apivia est en gestion mais cherche à exploiter tout le potentiel de son bateau : « J’essaie de trouver mon rythme entre avancer vite et préserver le bateau. On n’a pas encore pu exploiter le potentiel des foilers. Je suis en permanence à me restreindre, à freiner pour ménager mon bateau mais aussi me ménager moi parce que c’est long le Vendée Globe ! Mais je n’ai pas les deux pieds sur le frein pour autant. » 

Si ces derniers poursuivent leur route, Jérémie Beyou a lui rebroussé chemin hier (mercredi). En route vers les Sables d'Olonne, le marin est attendu samedi matin à Port Olona pour commencer les réparations sur son bateau. « C’est quelque chose qu’on ne peut souhaiter à personne. Ça m’a mis une boule dans le ventre quand j’ai appris la nouvelle. Je suis vraiment de tout cœur avec Jérémie et son équipe », soutient Charlie Dalin. À noter que cette nuit Louis Burton a purgé sa pénalité de 5 heures pour avoir franchi la ligne de départ trop tôt. Le skipper de Bureau Vallée 2 a plutôt bien géré ce contre temps puisqu'il n'a pas perdu beaucoup de temps selon la direction de course.  

Mercredi 11 novembre - Jour 3 : "J’ai eu le mal de mer pour la première fois de ma vie. C’est sans doute lié au stress du passage de ce front. Au final, il est assez puissant mais la mer est plutôt correcte." Après une nuit agitée, le skipper Sablais d'Arkea-Paprec Sébastien Simon a donné des nouvelles en début de matinée après le passage du front bien négocié pour la majorité des foilers qui s'étaient engagés dans la tempête. "J’ai quand même pas mal de rangement à faire parce que le vent a beaucoup changé et le bateau a pas mal accéléré. Il faut que je range tout ça et après je pourrais aller me reposer", a poursuivi le Vendéen.  

Beyou fait demi-tour 

Mais Pour Armel Tripon (L'Occitane en Provence), Kevin Escoffier (PRB) et surtout Jérémie Beyou (Charal), les prochaines heures s'annoncent moins reposantes. Le 3e du Vendée 2016 a pris la décision avec son équipe technique de revenir aux Sables d'Olonne. "Après un check complet du bateau, les réparations sont plus importantes que prévues", a annoncé son équipe. Le skipper a notamment endommagé un safran dans la nuit suite à une collision avec un Ofni. De son côté Tripon a cassé son hook de J3. Le Nantais a sécurise son mât et a repris sa route. Il profitera plus tard d'une accalmie pour réparer en mer. Sur PRB, Escoffier était "en mode jacuzzi".  Le skipper a constaté un voie d'eau impressionnante dans son habitacle. "Forcément, c’est facile à gérer quand il y a 5 nœuds de vent mais pas quand il y a 40 nœuds. Je suis allé faire le check habituel de ma zone avant quand j’ai découvert ça. Là, je suis en train d’éponger."  

À l'avant de la course, les bateaux à dérives droites qui ont pris l'option sud pour éviter des vents trop violents sont en tête. Au plus grand bonheur du Vendéen Benjamin Dutreux deuxième depuis mardi soir derrière Maxime Sorel, le leader. "Je me suis bien éclaté stratégiquement et c’est plutôt sympa", savoure le skipper d'Omia-Water Family. La journée va maintenant se corser pour eux avec l'arrivée du front, dans une moindre mesure, qu'ont affronté les foilers dans la nuit. Pendant ce temps, Fabrice Amedeo est reparti en course. Le marin a quitté les Sables d'Olonne mardi soir à 22h15.  

Mardi 10 novembre - Jour 2 : Au coeur du trafic maritime au large du Cap Finistère, les marins du Vendée Globe se sont préparés à affronter les vents violents annoncés dans les prochaines heures. Ce matin, Jérémie Beyou sur Charal était en tête de la flotte après avoir poursuivi sa route plein Sud toute la nuit pour ensuite changer de cap vers l'Ouest. La majorité des foilers sont donc désormais tous en direction de l'Ouest pour aller chercher le front attendu en fin de journée. Mais Nicolas Troussel, auteur d'un départ canon, a lui déjà opéré un coup tactique en poursuivant sa route vers le sud. À bord de l'Imoca CORUM L'Epargne, il longe la péninsule Ibérique avant de prendre la décision de changer de bord. "Je rentre dans le match ! Ça va être une longue journée à se préparer avant d’avoir du vent plus fort dans le front qui s’annonce", détaille Troussel. Les prochaines heures nous aideront à savoir si ce choix est payant.  

Fabrice Amedeo est lui toujours aux Sables d'Olonne pour réparer sa tête de mât et attend de pouvoir repartir. Arnaud Boissières est lui aussi en difficulté. Le skipper de La Mie Câline - Artisans Artipôle a lui aussi un problème de voile bloquée. « On fait comme on peut, on bricole, je fais avec les péripéties du bord. Mon dernier recours, c’est que je monte en haut du mât, donc je vais faire des zig-zag, et ce n’est pas bon pour la performance, raconte Boissières lors de la vacation de 5h du matin. La nuit prochaine, on va avoir du vent fort au près, on va aller chercher ce front, ça sera fort avec de la grosse mer, et après on va virer et faire une route sud. C’est pour cela que ça m’arrangerait que cette voile d’avant soit en bas. » 

Lundi 9 novembre - Jour 1 : Première nuit sur l'eau mouvementée pour les 33 skippers. Jean Le Cam (Yes We Cam !) a pris la tête de la flotte avant que Damien Seguin (Groupe Apicil) se hisse à la première place à la mi-journée journée. Deux bateaux à dérives droites donc car les foilers se sont dirigés vers le nord pour chercher de la vitesse et repartir plein sud. Mais cette première journée de course a été marquée par le retour aux Sables d'Olonne de Fabrice Amedeo sur  Newrest - Arts et Fenêtres. Le skipper a rebroussé chemin pour réparer une petite fissure en haut de son mât et changer son hook de gennaker. Il devrait pouvoir repartir dès demain matin. 

Pendant ce temps là, chacun a placé ses pions pour affronter le front qui se profil dans la nuit de mardi à mercredi avec des rafales à 40 noeuds et une mer très agitée. « Chacun devra trouver le meilleur compromis entre la performance sur la route la plus rapide mais engagée, et une trajectoire plus Sud, qui ménagera le bateau », résume Christian Dumard, en charge de la météo pour la course. Les skippers devront prendre un décision dès ce soir ou cette nuit lorsque le vent, à l’avant du front, basculera au Sud-Ouest et qu’il faudra penser à virer de bord.