Bernard Groisard, armateur islais
Si vous demandez à Bernard Groisard de vous résumer en quelques mots les cinquante années qui se sont écoulées depuis son premier embarquement, il vous répondra qu’il a aimé par-dessus tout être pêcheur parce que c’est un métier d’hommes, un métier libre. Et que sans nul doute, sa vie d’Islais reste à jamais liée «à la mer, à l’océan, et aux thons, cette pêche qui nous rappelle l’immensité de l’océan qui borde notre chère Vendée».
«Je suis un éternel optimiste»
S’il se souvient de son premier embarquement ? Et comment ! Il avait tout juste treize ans quand il fit ses premières armes sur le «Saint Nicaise» pour tester comme il dit «son désir et sa capacité à devenir marin-pêcheur.»
C’était en 56, ce furent les premiers voyages au thon blanc, les premières approches d’un métier aussi, pour ce jeune mousse qui décida de reprendre le flambeau de la lignée de pêcheurs du côté de son père. Et de suivre cette tradition de la pêche très importante dans l’île à cette époque.
S’il a une ou deux anecdotes en particulier qu’il aime raconter ? L’ambiance qui régnait sur les bateaux, bien sûr. Comment oublier ce matelot qui en 57 avait pris l’habitude, pour amuser la galerie, de briquer un clou récupéré à terre ? Les jours de non pêche en effet, un sourire en coin, il faisait le tour du bateau en nettoyant méticuleusement ce bout de ferraille, ce qui agaçait le capitaine mais signifiait à chacun qu’aujourd’hui ce serait jour blanc !
Mais y a-t-il une raison particulière qui l’a poussé à écrire cet ouvrage Cinquante années de pêche au thon ? «Ce livre n’est sûrement pas une critique et vous n’y trouverez aucune trace d’amertume. Je suis un éternel optimiste, un «cas» même disent certains ! Mais surtout j’adore dépenser mon énergie et travailler sur le long terme. Alors, vous pensez bien que vu le contexte actuel, je fais tout pour que les pêcheurs se battent. J’ai toujours eu du punch alors j’en profite pour dépenser cette énergie en me battant pour défendre ce métier. Oui, à Yeu, on s’est accroché, on a serré les boulons. On nous interdit les filets maillants dérivants ? Alors, on s’adapte avec la senne. On nous remet une loi, puis une autre, puis une autre ? On fait tout pour ne pas se laisser submerger.»
Ce livre est aussi une façon pour lui de dire qu’à Yeu, «Groisard et ses copains savent écrire !» Et cet ouvrage est avant tout un petit livre qui montre «qu’on s’accroche sur le thon. Il y a en effet trois siècles qu’on pêche le thon à Yeu et s’il y a au moins une chose de sûre, c’est que, dans tous les cas de figure, les pêcheurs garderont la tête haute.»
L’île d’Yeu, cinquante années de pêche au thon par Bernard Groisard. Editions H&H. 9€.