« Je suis heureux d’être ici, sur votre terre ».
Ignat Soljenitsyne n’est pas un expansif.
Chaque mot est pesé ; chaque phrase est réfléchie, puis prononcée lentement en français…
L’un des plus grands pianistes d’aujourd’hui est aussi discret que talentueux, mais chacun a pu sentir samedi soir une vraie émotion dans le regard du jeune fils d’Alexandre Soljenitsyne.
Venu spécialement de Moscou avant de rentrer aux Etats-Unis où il habite, Ignat avait en effet tenu à donner un récital au milieu de l’Historial de la Vendée, à l’emplacement même où son père, prononça le 25 septembre 1993 un discours entré depuis dans l’histoire de notre département.
Dans le silence de la nuit, à quelques mètres de la Chapelle des Lucs-sur-Boulogne et du Mémorial inauguré par son père, Ignat a fait résonner Schubert et Brahms. Un pur moment de grâce, joué sans partitions.
Directeur musical de l’orchestre de Philadelphie, l’homme qui donne des concerts dans le monde entier, n’offrait pas un récital de plus.
Il venait témoigner de son attachement pour la Vendée, tenant ainsi la promesse faite il y a quelques mois à Philippe de Villiers de revenir dans notre département, « sa deuxième Russie, sa deuxième famille ».
Personne n’a oublié cette soirée de 1993 : depuis son exil, dans le Vermont, aux Etats-Unis, l’auteur de la Roue rouge, du Pavillon des cancéreux, et de l’Archipel du goulag avait promis d’être présent et de s’arrêter en Vendée lors de son retour dans sa terre natale. Ce qu’il fit, restant quelques jours dans notre département avec son épouse Natalia et son fils Ignat.
« Aujourd’hui, je le pense, les Français seront de plus en plus nombreux à mieux comprendre, à mieux estimer, à garder avec fierté dans leur mémoire la résistance et le sacrifice de la Vendée » n’avait pas hésité à affirmer ce jour-là, le grand dissident russe Alexandre Soljenitsyne, devant près de 30 000 personnes.
Entre notre département et l’immense écrivain, des liens s’étaient alors créés, renforcés au fil du temps jusqu’au mois d’aout dernier lors de son décès.
Les seuls représentants de la France aux obsèques du géant russe, étaient les Vendéens Philippe de Villiers et Dominique Souchet…
Quinze ans après son père, Ignat, pianiste et chef d’orchestre a tenu à resserrer encore un peu plus les liens intimes et précieux entre la famille Soljenitsyne et la Vendée.