Les filets vendéens protègent le littoral
Ce mercredi à 7h, l’alerte est lancée : le navire Le Chassiron menace de provoquer une nouvelle marée noire sur les côtes de Vendée. Ce scénario catastrophe, tous les Vendéens le connaissent depuis les naufrages de l’Érika et du Prestige. Il ne s’agit heureusement que d’un exercice organisé par la préfecture maritime de l’Atlantique en collaboration avec le Conseil général.
Pendant deux jours, tous les moyens ont été mis en œuvre pour limiter les conséquences de l’accident, grâce notamment aux filets Thomsea inventés par le Vendéen Thierry Thomazeau.
Dans la journée, la situation se dégrade. Alors que le bateau est pris en remorque par l’Abeille Languedoc, une brèche se forme dans la coque et laisse s’échapper cinq tonnes… d’écorces de riz. Ce matériau biodégradable se répand et se collecte de la même manière que 1 500 m3 de carburant.
Les plans Polmar et Biscaye sont déclenchés. Ils sont les fruits de la coopération franco-espagnole depuis les deux dernières marées noires.
1 tonne de pétrole en mer devient 10 tonnes de déchets à terre
Le jeudi 11 dès 8h, l’avion des douanes fait un repérage et distingue cinq nappes dont une de un kilomètre de long. Tout de suite, l’Argonaute, navire amiral de la dépollution, est déployé. Deux navires britannique et espagnol, les moyens aériens de la gendarmerie et de la marine, un patrouilleur des douanes le suivent.
S’ajoutent à cela quatre chalutiers sablais qui tirent par paire les fameux filets Thomsea anti-pollution.
« Notre présence est devenue indispensable pour ce genre d’opérations, constate Thierry Thomazeau, l’inventeur de ces filets, à bord d’un des chalutiers. Nos filets passent 70 cm en dessous et 70 cm au-dessus de la mer. Ils peuvent ramasser jusqu’à huit tonnes d’hydrocarbure. » En quatre heures, 1 200 m3 d’écorces de riz sont récupérés, « sur 4 000 m3, précise Jean-Bernard Cerruti, capitaine de la frégate l’Argonaute. Tout le pétrole ne pourra pas être ramassé en mer. Mais nous en collectons un maximum, car une tonne d’hydrocarbure en mer devient dix tonnes sur terre, à cause du sable et des autres détritus. »
Coordination internationale
Les 400 acteurs mobilisés pour cette opération sont très satisfaits de ces deux journées.
« La coordination a été parfaite, que ce soit grâce aux acteurs locaux et nationaux avec les préfectures de terre et de mer, mais aussi grâce à l’aide internationale, résume Jean-Benrard Cerrutti. »
« La lutte anti-pollution ne peut se faire au seul niveau national, ajoute Philippe de Villiers, président du Conseil général. Les accords sont nombreux avec l’Angleterre, l’Espagne, l’Italie et le Portugal. L’Europe de la coopération entre les États est la seule efficace pour lutter contre ce genre de catastrophes. »
Pêcheur d’anchois devenu chasseur de marée noire
Le naufrage de l’Erika a été un véritable électrochoc pour Thierry Thomazeau, pêcheur d’anchois à Saint-Gilles-Croix-de-Vie au moment du drame. Décidé à ne pas rester les bras croisés, il récupère cinq filets de la Marine Nationale datant du naufrage de l’Amoco Cadiz, et ramasse neuf tonnes d’hydrocarbures en cinq jours.
«Les résultats étaient encourageants mais je savais que l’on pouvait faire bien mieux. Ces filets étaient à usage unique. Nous avons donc commencé à en faire des nouveaux, réutilisables et plus performants. C’est ainsi qu’est née l’entreprise Thomsea. » En 2006, tandis que les quotas de la Commission Européenne sonnent le glas de la pêche à l’anchois, Thierry Thomazeau choisit la reconversion.
« Aujourd’hui, tous mes anciens salariés ont retrouvé du travail. Avec trois anciens, je fabrique aujourd’hui des filets et je forme les marins à récupérer les hydrocarbures. La Vendée est l’un de mes meilleurs clients car, grâce à Philippe de Villiers, c’est le seul département français à être doté d’une flotille de filets Thomsea en cas de marée noire. »