« Se retrouver encore au tribunal, dix ans après la catastrophe, est inadmissible. C’est choquant de devoir retourner au Palais de Justice… que doivent penser les milliers de bénévoles qui ont -des semaines durant- nettoyé les plages et les rochers de la côte atlantique ? Sûrement que Total se moque d’eux tout simplement, tout comme elle se moque du procès. »
Alors que ce lundi matin s’est ouvert à Paris le procès en appel du naufrage de l’Erika, les élus Vendéens, au premier rang desquels le Président du Conseil Général, n’ont pas l’intention de faire de la figuration.
Leur principal but: faire reconnaître le préjudice écologique subi par la Vendée et le littoral atlantique et obtenir la confirmation du jugement délivré en première instance.
Condamnée en janvier 2008, Total et plusieurs autres prévenus vont à nouveau être jugés pour le naufrage du pétrolier.
Avec le groupe, deux de ses filiales, ainsi que la société de classification italienne Rina, le propriétaire du pétrolier, Giuseppe Savarese, et son gestionnaire Antonio Pollara, devront répondre de leur responsabilité dans l’une des plus grandes catastrophes écologiques de ces dernières années.
Jusqu'au 18 novembre, ces six prévenus feront face à des dizaines de parties civiles aux mains goudronnées et à la mémoire encore vive: le Département de la Vendée, bien sûr mais aussi des communes du littoral, associations, et de nombreuses collectivités.
Au total 94 parties civiles, qui espèrent que sera confirmée de la notion de "préjudice écologique", retenue en première instance.
En plus de ces dernières, ce n’est pas moins d’une cinquantaine d’experts et témoins qui vont se succéder à la barre, durant plus d’un mois et demi.
Le Président de la 1ère chambre Joseph Valentin aura fort à faire face à une compagnie pétrolière qui récuse toute responsabilité dans le naufrage de l’Erika, et qui a fait appel du premier jugement, tout en proposant de payer à ceux qui le souhaitaient les indemnisations de la première instance.
Elle a ainsi versé 170 des 192 millions d'euros auxquels elle était condamnée. Ayant reçu l'argent, nombre de parties civiles se sont désistées. C’était LA condition pour percevoir l’argent.
« Par ce procédé, Total a clairement acheté le silence des victimes » résume Philippe de Villiers. « Ce groupe se moque de l’argent, comme de ce procès. Ce qui les intéresse c’est que le droit n’évolue pas, et qu’il puisse continuer à polluer tranquillement, sans être inquiété.
La Vendée ne cèdera pas au chantage de Total, bien au contraire, nous continuerons jusqu’à épuisement des recours. »
"Il faut qu'en appel, la justice confirme la chaîne de responsabilités dans un but de prévention", a appuyé le président du Conseil Général de la Vendée, quelques minutes avant l'audience, avant de mettre en garde "les navires voyous": dorénavant, "il faut qu'en mer, on ne puisse plus faire n'importe quoi".
« Si le jugement est confirmé, cela s'inscrira dans une tendance de fond, à savoir la pénalisation des délits environnementaux, quelles que soient les règles internationales inventées pour le transport maritime », constate Isabelle Corbier, spécialiste de droit maritime dans le quotidien « Les Echos ».