Il y avait déjà le régent, le gaucho, le cruiser, voilà maintenant le proteus, nouvelle source d’inquiétudes pour les apiculteurs de Vendée.
Ce nouvel insecticide en passe d’être autorisé par le Ministère de l’Agriculture représente une sérieuse menace pour les apiculteurs français dont la production ne cesse de stagner, voire de diminuer depuis une dizaine d’année.
De 32 000 tonnes il y a 15 ans, la production annuelle de miel est en effet tombée à moins de 20 000 tonnes en 2009, soit à peine la moitié de la consommation de miel dans l’hexagone.
Dans le même temps, le taux de mortalité des abeilles ne cesse d’augmenter partout dans le pays.
« Depuis les années 1990, les apiculteurs observent une surmortalité, de 20 à 30% dans les zones de grandes cultures » explique l’un des responsables de l’UNAF (l'Union nationale des apiculteurs français).
En cause de façon unanime, les multiples pesticides considérés comme tueurs d'abeilles, utilisés à outrance lors des semis, mais dont les effets durent au-delà de leur dispersion dans les champs.
Destinés aux champs de céréales, de pommes de terre, et de colza, ces produits phytosanitaires appartiennent à la famille des néonicotinoïdes. Ils sont fortement soupçonnés de s’attaquer au système nerveux des abeilles.
« Ces insecticides dits à «haute persistance», sont dangereux pour l'abeille, du semis à la floraison mais aussi au stade de la « guttation », quand les jeunes plants traités sécrètent un liquide devenu hautement toxique qui tue en quelques minutes les insectes butineurs » insiste l’UNAF.
Montré du doigt notamment : le cruiser. Cet insecticide interdit en Allemagne et en Italie, vient d’obtenir pour la troisième fois une autorisation de mise sur le marché provisoire d’un an, ce - malgré les alertes répétées des apiculteurs vendéens, rejoignant celles de leurs homologues de toute la France.
"Alors que le Cruiser est classé insecticide dangereux pour l’environnement, dangereux pour les abeilles, les oiseaux et les mammifères sauvages, et très toxique pour les organismes aquatiques, le Ministère de l’Agriculture vient d’annoncer le renouvellement de son autorisation de mise sur le marché et d’utilisation pour l’année 2010... Année internationale de la biodiversité!" ironise l'UNAF.
Plus préoccupant encore pour les apiculteurs, le gouvernement s'apprête à homologuer le Proteus dans les jours qui viennent.
Homologué à temps pour les semis de printemps, ce nouvel insecticide, de la famille des néonicotinoïdes, comme ses cousins Cruiser et autre gaucho est accusé de décimer les ruches.
Constitué de deux molécules, la deltaméthrine et la thiaclopride, deux produits extrêmement toxiques, il perturbe –selon l’UNAF- les récepteurs neuronaux des insectes, agissant à très faibles doses. Destiné à être pulvérisé sur les champs de colza, de betterave, de céréales, il a été mis sur le marché il y a quelques mois en septembre 2009.
Mobilisés pour sauver leur production, les apiculteurs vendéens dénoncent naturellement ce nouveau pesticide.
Reçu au Ministère de l'Agriculture ( Direction Générale de l'Alimentation) mercredi 17 février, Frank Alétru a une nouvelle fois demandé que tous les pesticides subissent des nouveaux tests parfaitement adaptés afin d' évaluer sérieusement les risques pour les abeilles et pour l'environnement sans oublier la santé humaine (agriculteurs et consommateurs).
« Nous nous battons depuis des années pour le retrait des néocotinoïdes qui, utilisés en enrobage des semences ou en pulvérisation, déciment progressivement nos ruches » lance Frank Alétru, porte-parole des apiculteurs de Vendée « nous allons poursuivre la mobilisation pour que le Protéus ne soit pas autorisé et réclamons le retrait immédiat du marché de tous les pesticides à base de néonicotinoïdes. »
Selon lui, il faut de toute urgence mettre en place de nouvelles méthodes d'évaluation des pesticides pour garantir la préservation de l'environnement et les générations futures.