La solidarité vendéenne au cœur du drame
« Je n’avais jamais vu ça, explique Christophe Verot, apiculteur à Saint-Michel-en-l’Herm. Les abeilles tremblaient par milliers au sol, c’est un des symptômes confirmant l’intoxication. Elles ne parvenaient plus à voler. Les abeilles saines, à l’intérieur, leur refusaient l’entrée pour éviter qu’elles ne contaminent la ruche. Elles ont fini par mourir au pied de la ruche. » Pourtant, c’était déjà trop tard.
Ce jour-là, le 20 juillet, Christophe Verot vient pour une simple visite de ses ruches. Il constate immédiatement les premiers dégâts. Huit jours plus tard, la quasi-totalité des butineuses gît sur le sol. Un véritable cataclysme.
Ce même 20 juillet, des agriculteurs du secteur ont pulvérisé l’insecticide Karate K au beau milieu de la journée, pendant le vol des abeilles qui butinaient sur des cultures en pleine floraison.
Son usage, sur le maïs notamment, est pourtant strictement interdit en plein jour et en présence d’abeilles. Ceci est clairement notifié sur l’emballage du produit pesticide. Les abeilles, rien qu’en survolant le champ ce jour-là, ont été immédiatement contaminées. Ensuite, le produit a continué d’agir durant des dizaines de jours. Les vents de mer en plein littoral n’ont fait qu’accélérer le processus de dispersion du produit sur le territoire.
« En tuant les abeilles, ces agriculteurs peu scrupuleux ont détruit leur propre outil de travail et celui de leurs collègues, affirme Franck Alétru, apiculteur. Les abeilles sont indispensables pour tous. Ce sont elles qui assurent la reproduction de plus de 85 % des espèces végétales. Elles sont le reflet de la santé de notre environnement. Il faut que l’usage des produits pesticides diminue fortement dans les prochaines années. »
Il a suffi de quelques agriculteurs adeptes de mauvaises pratiques agricoles pour que soit détruite en quelques jours plus de la moitié des ruches du département. « Fort heureusement, avec la plupart des agriculteurs, ça se passe très bien, affirme Christophe Verot. Dernièrement, l’un d’entre eux me disait qu’il n’avait pas employé d’insecticide cette année puisque les coccinelles avaient fait elles-mêmes le travail d’élimination des pucerons sur les cultures ».
« Il faut penser avant tout à la santé de nos abeilles et de notre environnement »
Les apiculteurs soutenus par le Conseil général attendent désormais les résultats de l’enquête judiciaire. Des prélèvements ont été faits mi-juillet sur les ruches où était constatée une surmortalité des butineuses. Certains fautifs présumés ont déjà été entendus.
« Les pertes aujourd’hui sont énormes, ajoute Christophe Verot. Sur les 13 000 ruches vendéennes, il y en a 7 000 de touchées. Le 21 juillet, quand les premières plaintes étaient déposées, on a immédiatement été soutenus par un groupe d’agriculteurs. Ça nous a faits chaud au cœur. En effet, les agriculteurs et les apiculteurs doivent rester partenaires. De la qualité de notre environnement dépendront la santé de nos abeilles et surtout la santé humaine ! »
Le plus dur cependant reste à faire. Il s’agit une fois de plus pour les apiculteurs de se relever. Et de reconstruire leurs colonies.