Conseil départemental de la Vendée

Benjamin Dutreux : "Me retrouver avec un tel classement à ce moment de la course c’est incroyable"

Publié le 08/12/2020 à 11:51
Modifié le 09/12/2020 à 17:47

Le 8 novembre, 33 skippers ont pris le départ du 9e Vendée Globe. Après un mois de course, le surprenant bizuth vendéen Benjamin Dutreux (Omia – Water Family) revient sur ses 30 premiers jours de course marqués par sa belle performance, le naufrage de Kevin Escoffier et l’abandon de son ami d’enfance Sébastien Simon. 

Benjamin, comment vas-tu après un mois de course ? 

"Très bien, merci. Quelques petits bobos mais ça va, et le bateau pareil... Les conditions sont dures depuis une semaine avec une mer très formée et des dépressions qui nous passent dessus, je pense que ce n'est pas le moment le plus agréable de la course !" 

Où es-tu et dans quelles conditions navigues-tu actuellement ? 

"En ce moment, je suis au Nord des îles Kerguelen à environ 800 km dans l'Océan Indien. Il y a 5 mètres de creux, la mer est croisée, et le temps est nuageux avec des grains pouvant atteindre 40 nœuds." 

Quel bilan tires-tu de ton premier mois de course ? Es-tu satisfait ? 

"Je me suis éclaté ! J'ai pu régater au contact d'autres bateaux, et de se retrouver avec un tel classement à ce moment de la course c’est incroyable pour un petit budget et une petite équipe comme la nôtre. Oui je suis très satisfait du boulot qui a été fait par l'équipe, par mon bateau et ce début de course mais la route est encore longue..." 

Pensais-tu te retrouver dans le top 10 au passage du cap Bonne-Espérance ? 

"Non j'avoue que je n'y croyais pas trop au début ! Surtout d'avoir été en tête après 3-4 jours de course et se tirer la bourre avec le "Roi Jean" c'était génial... Bon après il est vite parti !" 

 

Tu as été leader de la course une fois justement. Quelle a été ta réaction quand tu as découvert le classement et que tu étais en tête ? Ça représente quelque chose de fort de se dire : « J’ai été leader du Vendée Globe » ? 

"Oui c'est quelque chose de fort ... au début j'ai pensé que les balises des autres n'étaient pas actualisées..." 

Quelle image gardes-tu de ta course pour l’instant, ton moment fort après un mois ? 

"Le moment fort c'est quand même d'avoir été en tête ! Même si je dirais que cette course est incroyable car elle est faite de moments forts réguliers, de bonheur ou de difficultés." 

Est-ce que tu as eu un moment de frayeur ? Un moment où on se dit : « qu'est-ce que je fais ici » ou c’est que du plaisir depuis le début ? 

"En ce moment même, je me demande quand même ce que je fous là au milieu de nul part dans une mer démontée, à se bouger pour sortir dehors alors qu'il fait froid et humide pour régler les voiles ! Mais tout ça crée des moments d'accomplissement et de satisfaction énorme ! C'est aussi là qu'on se rend compte de l'immensité de l'océan et de notre monde !" 

Comment se passe la vie à bord depuis un mois ? Tu t’es vite adapté ou c’est encore compliqué à gérer ? 

"Le rythme de vie change constamment en fonction des conditions, ce n'est pas évident à gérer, je n'ai pas de routines... et l'heure du lever et coucher du soleil évolue chaque jour..." 

Comment va le bateau, tu pensais qu’il allait aussi bien se comporter ? 

"Heureusement depuis que OMIA a intégré le projet, nous avons pu acheter quelques voiles neuves et je pense que ça a clairement fait évoluer le bateau que nous connaissions avec ces vieilles voiles... Je continue à en apprendre beaucoup sur lui, c'est intéressant, de savoir quand réduire la toile, quand attaquer ! Et je profite de l'expérience de Thomas (Cardrin, boat-captain) notamment et de mon équipe qui ont fait un super boulot." 

Ton ami Sébastien Simon a malheureusement abandonné. Tu as pu échanger avec lui depuis cette mauvaise nouvelle ? Comment l'as-tu apprise ? 

"Oui j'ai pu échanger avec lui dernièrement et je l'ai appris par lui-même, on s'envoyait régulièrement des messages. J'ai été très déçu pour lui, car un projet comme ça s’est énormément d'investissement, et il a fait une remontée remarquable, j'étais persuadé de le voir sur le podium ! Je suis aussi très triste parce que c'était un bon compagnon de route !" 

 

Quand on apprend le naufrage de Kevin Escoffier puis son sauvetage, alors qu’on est aussi au beau milieu des mers du sud, comment vit-on ces heures d’incertitudes ? Ta façon de naviguer a changé depuis ? 

"Oui ma façon de naviguer a changé, mais consciemment... Je pense que cet événement est ma plus grosse frayeur dans ma vie de marin jusqu'à présent ... Je pense qu'aucun marin n'a dormi cette nuit-là ! Et le temps était extrêmement long... J'ai pensé au pire en me posant pleins de questions : est-ce qu'il a eu le temps de prendre sa TPS, son grab bag de sécu, ... 

Ça se termine bien et c'était un soulagement, une opération rondement menée par un marin d'exception qu'est Jean Le Cam ! Il me bluffe depuis le début de la course, car oui c'est son 5ème Vendée globe, oui il a beaucoup d'expérience, oui il a bien amélioré son bateau mais quand même !" 

Au milieu de l’Océan Indien, est-ce que la Vendée te manque ? 

"Oui la Vendée me manque, j'ai hâte de pouvoir la retrouver avec mon compagnon de route Flaggy, la mascotte de la Water Family. Il est d'ailleurs devenu une star dans les écoles vendéennes et un peu partout en France dans lesquelles nous intervenons." 

Pour finir, comment abordes-tu le mois de course qui arrive ? 

"Je l'aborde avec plus de recul, un peu moins à l'attaque côté compétition... le bateau et le marin commencent à fatiguer, il faut faire attention. Et nous allons quand même naviguer dans des endroits particuliers ... J'essaie de m'agripper au groupe de bateaux avec lequel je suis bien. Et qu'ils soient plus rapides c'est un bon challenge." 

+ consultées

Publiées depuis 7 15 30 + jours

Recommandées

Publiées depuis 7 15 30 + jours