
Des vers marins sont élevés à Noirmoutier pour leurs propriétés thérapeutiques exceptionnelles. Crédit : Mathieu Le Gall
À Noirmoutier, un ver marin pour révolutionner la médecine ?

Des vers marins sont élevés à Noirmoutier pour leurs propriétés thérapeutiques exceptionnelles. Crédit : Mathieu Le Gall
Des vers marins sont élevés dans une ferme aquacole sur l'île de Noirmoutier pour leur hémoglobine aux propriétés thérapeutiques exceptionnelles. Découverte !
Un site unique au monde d'élevage de vers marin
Sous le sable des plages vendéennes, un ver marin discret pourrait bien provoquer une révolution médicale comparable à celle de la pénicilline.
C’est en Vendée, sur l’île de Noirmoutier, que se joue cette aventure scientifique hors norme, sur la seule ferme marine au monde dont la production est destinée à l’élaboration de produits de santé. Le Dr Franck Zal, biologiste marin, ancien chercheur au CNRS et actuel président du conseil scientifique de la Vendée Globe Foundation, est convaincu du potentiel de ce petit organisme. Il rappelle que « l’oxygène est au centre de la vie » et que, malgré les avancées, il existe encore aujourd’hui « de nombreux besoins médicaux majeurs non couverts » par l’industrie pharmaceutique.
« Ce ver existe depuis 450 millions d’années donc bien avant l’apparition des premiers Homo sapiens » explique le Dr Franck Zal. C’est même l'un des premiers organismes à être sorti des océans pour coloniser la Terre ! « Comme il vit entre deux mondes, entre terre et mer, j’ai voulu comprendre l’origine de cette capacité hors du commun ».
Au cœur de cette découverte se trouve une molécule issue de l’hémoglobine extracellulaire de l’arénicole, dont les propriétés exceptionnelles ouvrent aujourd’hui de nouvelles perspectives pour la médecine moderne, notamment en matière d’oxygénation des tissus. Une innovation scientifique majeure, portée sur les côtes de Vendée, qui pourrait demain transformer les pratiques médicales à l’échelle mondiale.

À Noirmoutier, une biotechnologie unique au monde
Cette molécule, « qui peut être qualifiée d’ancêtre de nos globules rouges », possède « une capacité de fixation et de transport de l’oxygène exceptionnelle, jusqu’à quarante fois supérieure à celle de l’hémoglobine humaine ».
De quoi ouvrir la voie à « de nouvelles approches concernant la réoxygénation des tissus ». Après une quinzaine d’années de recherche fondamentale, le Dr Zal fonde Hemarina en 2007 pour transformer une découverte scientifique en solutions concrètes. C’est en 2013, sur l’île de Noirmoutier, que l’entreprise a implanté et développé la seule ferme marine au monde dédiée à la reproduction de vers marins à visée thérapeutique, un site stratégique de 13 hectares pour produire la matière première d’une biotechnologie française aux applications plus que prometteuses. « On me qualifie souvent de précurseur mais j’espère surtout qu’on va encore révolutionner la médecine avec cette hémoglobine. Le meilleur est à venir ! »

Soigner les grands brûlés
Si les applications médicales sont nombreuses, l’entreprise travaille particulièrement avec les centres de prise en charge des grands brûlés.
Grâce à l’apport local en oxygène, ces solutions favorisent la cicatrisation et peuvent contribuer à limiter les complications, comme les amputations, avec un enjeu majeur : préserver les tissus lorsque l’oxygénation naturelle ne suffit plus.
Preuve de cette mobilisation, après l’incendie de Crans-Montana (Suisse), Hemarina a fourni des dizaines de milliers de pansements oxygénants à l’hôpital universitaire de Lausanne (CHUV) pour aider une dizaine de jeunes gravement brûlés.
De nombreux champs d'application
Au-delà des cas de brûlures, l’apport d’oxygène ouvre des perspectives pour les greffes, en aidant à maintenir les tissus plus longtemps dans de bonnes conditions, ou encore dans les cas de dons de sang.
« J’ai reçu plusieurs distinctions pour mes recherches mais je ne le fais pas pour ça. Selon moi, il faut surtout accélérer le passage de la recherche au soin, pour amener cette découverte au plus près des patients et pour qu’elle profite au plus grand nombre. Le but, c’est de sauver des gens ! »
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